Attaque au hachoir à Paris: «Ce que l’enquête va déterminer, c’est qui a manipulé ce jeune»

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Deux personnes ont été gravement blessées, sept ont été interpellées, dont l’auteur présumé de l’attaque. Le principal suspect « assume son acte qu’il situe dans le contexte de la republication des caricatures [du prophète Mahomet par Charlie Hebdo, ndlr] qu’il n’a pas supporté », selon une source proche de l’enquête. Analyse du général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense nationale et chef du bureau des sessions en région de l’IHEDN, l’Institut des hautes études de défense nationale.

Vendredi, le ministre de l’Intérieur l’a dit : « Nous avons sous-évalué la menace ». Vous êtes d’accord ?

Général Jérôme Pellistrandi : Le ministre a de bonnes informations pour s’exprimer sur ce sujet. Il est clair que le symbole que pouvait représenter le siège de Charlie Hebdo, où l’ancien siège rue Nicolas-Appert, effectivement, n’était pas protégé. Dans le dispositif de sécurité, c’est important, il y a peut-être eu des lacunes. Sachant que, simultanément, les forces de sécurité intérieure doivent à la fois gérer la lutte contre le terrorisme, l’épidémie de Covid-19, tous ces évènements qui font qu’il y a une très forte pression sur les forces de sécurité, et il peut y avoir, on va dire, des trous dans la raquette, c’est ce qui a été peut-être le cas vendredi.

Une forte pression, certains experts parlaient même d’une période trop calme. Est-ce qu’on avait oublié ce risque ?

La difficulté, lorsqu’on est aux affaires, c’est-à-dire qu’il faut à la fois gérer les affaires de l’immédiateté et puis également réfléchir sur le temps long, agir dans le temps long, et on sait bien que le terrorisme, c’est un danger permanent. Mais c’est vrai que, je dirais une fois de plus, la crise sanitaire a en quelque sorte un peu fait oublier, passer au second plan, cette menace permanente. Or, ne l’oublions pas, il y a eu il y a quelques semaines des attaques du même type en Angleterre, c’est un mode opératoire très simple et qui est pratiquement, hélas, imparable.

Le parallèle est beaucoup fait avec les attentats de janvier 2015. Même endroit. Pour vous, on peut le faire ce rapprochement ? Est-ce que la situation concernant la menace terroriste est la même ?

Elle a évolué bien sûr depuis 2015. D’une part, parce que l’État islamique a perdu en importance dans sa zone refuge qui était la Syrie et l’Irak. Néanmoins, on voit que c’est un bruit permanant. D’ajouter à cela, une ambiance difficile sur les questions de communautarisme, l’anniversaire des attentats de Charlie et bien entendu le procès. Autant d’éléments qui, finalement, réallume le danger. Ce qui va être important, ce que l’enquête va déterminer c’est qui a manipulé ce jeune Pakistanais, là encore il faudra le vérifier, qui aurait 18 ans. Il y a forcément des gens derrière lui. Il y a eu cette arrestation hier, et à savoir qui l’a manipulé pour amener à ce geste qui aurait pu être absolument dramatique.

Vous le disiez, les forces de l’ordre étaient sous pression, mais elles ont des nouveaux moyens depuis cinq ans. On a pu voir aussi dans les écoles des processus de sécurité qui ont été mis en place. Est-on davantage prêt aujourd’hui ?

Oui. D’ailleurs c’est très intéressant lorsque vous écoutez les témoignages, notamment, dans les écoles, hier, les processus de mise en sécurité ont très bien fonctionné. D’autre part, les forces de sécurité : polices, pompiers, armée avec l’opération sentinelle, sont arrivées très rapidement. Les leçons ont été tirées. Maintenant, il faut être réaliste, ce type d’attaque est hélas pratiquement imparable. Un couteau, vous pouvez l’acheter dans n’importe quel supermarché et vous pouvez attaquer à l’aveugle des gens. Ce qui s’est passé hier.