Le président guinéen déplore « la rupture du dialogue ». En effet de nouveaux heurts ont opposé des centaines de manifestants et les forces de l’ordre guinéennes à Conakry mardi, au deuxième jour de manifestations contre un éventuel troisième mandat du président Alpha Condé. Les affrontements de lundi auraient fait entre deux et cinq victimes, selon les sources.

Des centaines de jeunes très mobiles ont érigé des barricades, brûlé des pneus et lancé des pierres sur les policiers et gendarmes à nouveau massivement déployés à Cosa, Koloma ou encore Bambéto, quartiers périphériques de la capitale et fiefs de l’opposition, selon un journaliste correspondant de l’Agence France-Presse et des témoins présents sur place.

Les forces de l’ordre ont riposté par des tirs de lacrymogènes. Des habitants ont fait état d’irruptions de soldats et de policiers dans certains quartiers pour procéder à des arrestations accompagnées de violences.

Par ailleurs, le bilan des heurts de lundi s’est alourdi, passant à cinq manifestants tués après la mort d’un chauffeur de 27 ans, atteint par balle à l’abdomen, selon le médecin qui l’a traité et son père. Les autorités ont fait état, elles, de deux morts, dont un gendarme.

Les tensions en Guinée n’ont cessé d’augmenter depuis que le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), coalition de partis d’opposition, de syndicats et de membres de la société civile, a appelé les Guinéens la semaine dernière à manifester contre le projet prêté au président sortant de briguer sa propre succession à la fin de son deuxième mandat en octobre 2020.

Malgré l’arrestation de ses responsables et les violences meurtrières de lundi, le FNDC a appelé sur les réseaux sociaux à continuer à manifester « jusqu’à l’abandon total du projet de troisième mandat et l’arrêt de la mascarade électorale visant à octroyer au parti présidentiel la majorité nécessaire à l’adoption d’une nouvelle Constitution ».

Dans un communiqué, le FNDC assure que son appel à la mobilisation a été très largement suivi lundi et a provoqué une « paralysie totale » des activités sur tout le territoire. Il dénonce « la répression sanglante » de la contestation, les « dérives autoritaires » du pouvoir et réclame la libération de ses dirigeants arrêtés depuis samedi. Il accuse par ailleurs le gouvernement de préparer la dissolution, « dans les jours à venir, de toutes les organisations de la société civile » opposées à un changement de la Constitution.

Dans un communiqué diffusé lundi soir par les services de la présidence, Alpha Condé a regretté « la rupture du dialogue entre les acteurs » et affirmé son « engagement total pour la démocratie ainsi que par le souci constant du bien-être de ses compatriotes qui, de tout temps, aspirent à la paix pour eux-mêmes et leur pays dont la sécurité et la stabilité demeurent l’affaire de tous ».

Et s’il « a insisté sur le libre exercice des droits et des libertés reconnus à tous les citoyens , comme le droit de manifester », le texte réaffirme également que la mobilisation est illégale. Le président guinéen a « rappelé la pratique en la matière : l’information et l’implication des autorités concernées pour qu’en accord avec les organisateurs, un itinéraire soit défini, des mesures de sécurité appropriées soient prises pour encadrer les manifestations, sécuriser les manifestants, afin d’éviter aussi tout débordement, tout acte de violence, toute atteinte aux droits et à la liberté d’autrui. »

Alpha Condé fera connaître « le moment venu », dans un discours solennel, les conséquences qu’il tire des consultations sur la Constitution qu’il a confiées en septembre au gouvernement, a précisé la présidence.

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