La vie impérissable de Jésus était manifestée dans le corps périssable de l’apôtre. Elle l’était, peut-on dire, à double titre. D’abord, écrit-il, « nous portons toujours partout dans le corps la mort de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre corps » (v. 10). Ensuite : « Nous qui vivons, nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus, afin que la vie aussi de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle » (v. 11).

Jésus, venu ici-bas pour apporter la vie où régnait la mort, ne pouvait le faire qu’en souffrant et en mourant. Il a eu sans cesse la mort devant lui. Paul, son imitateur, portait lui-même dans son corps, constamment, la mort de Jésus : il se comportait comme un mort vis-à-vis de ce qui constitue la vie de la vieille nature et du monde, vie avec laquelle Jésus n’avait rien eu à faire sinon passer au travers en en manifestant une tout autre, et mourir pour nous délivrer et nous placer dans la même position que Lui. Paul ne faisait aucun cas de sa vie terrestre ni ne la tenait pour précieuse (Actes 20:24) , il traitait ce corps mortel comme s’il était déjà mort, ne lui accordant rien, de telle manière (et quelle joie pour lui !) qu’en lui la vie de Jésus fût manifestée.

Mais il fallait à Paul, et il nous faut comme à lui, ce que l’Homme parfait n’avait eu en aucune façon à connaître, savoir le dépouillement du « moi ». Le croyant est toujours appelé à appliquer la croix de Christ à ce vieil homme, et à mortifier « ses membres qui sont sur la terre », dans la défiance continuelle de ce « moi » rebelle. Mais celui-ci est particulièrement dangereux dans le service de l’évangile : tour à tour peureux et prétentieux, il est toujours prêt à falsifier la vérité à son profit sous prétexte même de la mieux répandre, et à voiler ce que Dieu veut faire resplendir, en mettant en avant la capacité humaine. Aussi Dieu a-t-il soin de « livrer à la mort » « pour l’amour de Jésus » ceux qui, possesseurs de la vie de Jésus par grâce, ont besoin, pour la manifester, d’être tenus dans la mort. C’est là l’objet de tant de souffrances atteignant le corps, d’humiliations pénibles, d’épreuves morales affectant sentiments, facultés, volonté, pour que tout soit plié au service du Seigneur.

Ainsi la vie de Jésus était-elle manifestée dans le corps de Paul, parce qu’il portait dans ce corps la mort de Jésus et qu’il était livré chaque jour à la mort. Extraordinaire situation, mais quelle victoire ! La mort opérait dans un homme pour produire la vie, parce que Christ a vaincu la mort. C’était véritablement « la puissance de la résurrection de Jésus », dans « la conformité à sa mort » (Phil. 3:10).