SEYDIL HADJI MALICK SY (RTA) 27 juin 1922 – 27 juin 2020 : « Chez Maodo, la dualité l’emporte sur l’alternative ».

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Il y a environ un siècle, disparaissait SEYDIL HADJI MALICK SY (RTA), plus connu sous le pseudonyme de « MAODO », le patriarche, un mardi du mois de juin 1922, en début d’après-midi, juste à l’heure de la prière du « Tisbar » ; il fut enterré avant la prière du « Takoussane ».

L’évocation de ce douloureux évènement nous offre l’opportunité de revenir sur la vie et l’œuvre de cet illustre personnage qui fut un « Refondateur » de la « Tijaniyya », la voie soufie fondée par SIDINA CHEIKH AHMED TIJANI CHERIF (RTA).

Si la date de naissance de MAODO fait l’objet de controverses, la durée de sa vie, en revanche, recueille une quasi-unanimité : il aurait vécu 66 ans. 

Sa vie peut être subdivisée en deux (2) périodes d’égale durée (33 ans chacune) : avant le pèlerinage et après le pèlerinage.

Avant le pèlerinage, il est connu sous le nom de Malick Fawade, par référence à sa pieuse mère. Il effectua le pèlerinage à l’âge de 31 ans, comme son maitre EL FOUTIYOU. Il y séjourna pendant deux (2) ans.

Après le pèlerinage, il est entré dans l’histoire sous le nom d’EL HADJI MALICK SY que la postérité retiendra.

A son retour de la Mecque, il s’installa à Saint Louis du Sénégal pour se consacrer à l’enseignement. Il arriva un moment où il sentit que son « heure avait sonné » pour mieux faire connaitre le message de l’Islam dans son pays, le Sénégal. Il constata cependant qu’il était solitaire dans cette nouvelle démarche. 

En effet, la plupart de ses devanciers et contemporains marabouts ne répondaient plus à l’appel dans le pays. 

Certains avaient été tués dans des confrontations avec les forces coloniales ou avaient vu leurs « daaras » (écoles d’enseignement coranique) fermés ; tandis que d’autres avaient été déportés dans des contrées lointaines (comme le Gabon) ou avaient préféré eux-mêmes prendre l’initiative de s’exiler dans un pays anglophone voisin (la Gambie).

Devant l’ampleur de la tâche et l’urgence du moment, MAME MAODO décida que le premier volet de sa stratégie consisterait en la formation des hommes qui devraient l’assister dans cette nouvelle mission. Il savait qu’il ne pouvait dispenser cette formation dans la ville de Saint Louis, siège du Gouverneur du Sénégal qui interdisait tout déplacement de marabouts à l’intérieur du pays, sans son autorisation. Il se résolut alors à se retirer dans la campagne de Ndiarndé, à une vingtaine de kilomètres de Kelle qui se trouve sur la voie ferrée.

Nous sommes à la fin du 19ème siècle, exactement en l’an 1895.

A Ndiarndé, MAODO MALICK ouvrit un « séminaire de formation de haut niveau » destinés à des hommes venant de toutes les localités du pays ; ces hommes allaient constituer les « cadres humains de son action ». On aurait parlé aujourd’hui de « séminaire de formation de formateurs ».

Après leur formation, ces « cadres humains » furent « affectés » à l’intérieur du pays, dans les coins les plus reculés, et dans la sous-région. L’on pourrait affirmer, à ce niveau, que SEYDIL HADJI MALICK SY (RTA) avait appliqué, avant la lettre, la « décentralisation ».

A la clôture du « séminaire de Ndiarndé », MAME MAODO s’installa définitivement à Tivaouane pour se consacrer à la « mise en application et à la vulgarisation de ses enseignements au profit des masses surtout ». Il y institua le « Gamou », c’est-à-dire la commémoration de la naissance du Prophète de l’Islam (PSL) dans sa version populaire que nous lui connaissons aujourd’hui. Nous sommes au début du 20ème siècle, plus exactement en l’an 1902.

Après Tivaouane, MAME MAODO prolongera son prosélytisme à Dakar. Il y construisit sa troisième zawiya.

Comme il l’avait commencé à Ndiarndé, il instaura la pratique de la « wazifa » deux fois dans la journée, le matin et le soir ; alors que les chartes de la Voie imposent la « wazifa » une fois dans la journée, le matin ou le soir.

Et c’est ce qui, au demeurant, nous permet d’affirmer que, chez SEYDIL HADJI MALICK SY (RTA), la dualité l’emporte sur l’alternative.

Le même constat est établi lors de la « Khadratoul Joumah » ou « Haylala », le « zikr » du vendredi en fin d’après-midi. Alors qu’à Fès, capitale de la Tijaniyya, la « Haylala » se décline avec la seule formule achevée « LAA ILAAHA ILLA LAAH » du début jusqu’ à la fin de la séance ; à Tivaouane, la « Khadra » commence avec la formule achevée, pour se terminer en apothéose avec la formule singulière « ALLAH ! ALLAH ! »

En résumé, SEYDIL HADJI MALICK SY (RTA) avait réussi à instaurer son propre courant, et à faire de Tivaouane un grand foyer de la Tijaniyya. Ce nouveau courant s’était propagé dans tout le pays et même au-delà.

L’on ne saurait évoquer le souvenir de MAME MAODO, sans parler de son ouvrage-fétiche sur la biographie du Prophète (PSL), « Khilassou Zahab ». Le rappel de ce chef d’œuvre nous invite à avoir une pensée pieuse pour celui qui lui a donné ses « titres de noblesse » en le faisant connaitre à travers ses « gamous » dans tout le pays ; nous voulons nommer le grand maitre conférencier EL HADJI IBRAHIMA SAKHO (RTA), l’unique, le fidèle, l’inséparable compagnon de MAWLANA SERIGNE ABDOUL AZIZ SY DABAKH (RTA), dans les bons comme dans les sombres moments.

A sa disparition, la relève a été assurée, et bien assurée, par son jeune frère et « héritier spirituel » El Hadji Tafsir SAKHO, affectueusement surnommé « Baye Tam », qui a su maintenir haut le flambeau jusqu’à une époque très récente.

Le samedi 20 juin 2020, le « dernier des Mohicans » est tombé, « les armes à la mains » : il venait récemment d’être intronisé « Calife » de son père MAME ELIMANE SAKHO (RTA), un loyal et fidèle compagnon de MAME MAODO. 

La célébration du 8ème jour de son rappel à DIEU coïncide avec l’anniversaire de la disparition de ce dernier, le 27 juin 2020. Qui disait que le hasard n’existait pas !

A cette occasion, nous présentons nos condoléances à toute la Oumma islamique, en général, et à la communauté musulmane de Tivaouane, en particulier. Principalement au Khalife général des Tidianes, Serigne Babacar SY Mansour (que DIEU SWT lui accorde une longue et une meilleure santé) : « Baye Tam » fut pour lui ce que « Baye Ibou Sakho » fut pour Mawlana Dabakh !