Condamnation de Blaise: Le tribunal confirme ce que tout le monde savait

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L’ancien président Blaise Compaoré et certains de ses proches comme le Général Diendéré, ont été condamnés à perpétuité par le tribunal d’Ouagadougou chargé de juger les auteurs de l’assassinat de l’ancien Président Thomas Sankara.

La juridiction a été convaincue par les preuves apportées surtout les témoignages d’anciens proches de Blaise.  Ainsi, Blaise Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire, ne va pas rentrer de sitôt dans son pays. Et adieu les réconciliations nationales dont on a rêvé un moment. Blaise reste cependant hors de portée des autorités de son pays. La Côte d’Ivoire, le pays de son épouse, le protège encore. Il est à l’abri.

En tout état, le tribunal n’a fait que confirmer ce que tout le monde savait. Car, Blaise était la seule personne à qui le crime profitait. Et en plus, il était le seul à avoir le pouvoir et l’audace de s’en prendre à Sankara. En tant qu’ami et ancien compagnon d’armes du défunt, il était aussi le seul à avoir assez d’autorité au sein des forces armées pour organiser et réussir un coup de force contre le président de la République dont il était le ministre le plus influent et le plus redouté.  Car, logiquement, si c’était un ennemi de la révolution autre que ceux qui sont actuellement désignés, il se serait également pris à Blaise avant ou après Sankara.

En conséquence tout le monde savait que Blaise était impliqué et qu’il était manifestement l’instigateur de l’assassinat. La famille de Sankara n’en a jamais douté d’ailleurs.  Ce qui ne nous a personnellement surpris, c’est le fait qu’après un acte aussi grave, le peuple burkinabè ait continué à faire confiance à Blaise pour le laisser pendant tout ce temps au pouvoir. La question se pose en effet  car nous ne savons pas s’il s’agissait de crainte ou d’apathie? En tout cas, après avoir mené en son nom une révolution saluée par le monde entier et plébiscitée par la jeunesse africaine, le peuple burkinabè a lâché Sankara en tournant la page et en choisissant son bourreau que tout accusait, Blaise Compaoré.

D’ailleurs, tout le temps de son règne, ce dernier a empêché la justice de son pays à s’intéresser au sort de Sankara, à enquêter sur sa mort et à  le réhabiliter. On a même tenté de salir son nom en parlant de déviationnisme par rapport à la ligne tracée par les auteurs de la révolution.  Il était étonnant, à l’époque, que ce soit un militaire qui dise à l’Afrique et à son intelligentsia, ce qu’il fallait faire pour sortir le continent de la pauvreté et assoir les conditions d’une véritable indépendance. Il avait une vision claire des blocages encore actuels sur le chemin de l’émergence du continent ce qui le mettait d’ailleurs en mal avec pleins de dirigeants français et africains de l’époque. Sankara s’est sacrifié et a été vite « oublié » dans un contexte de françafrique où l’Afrique, selon des penseurs comme René Dumont, était mal partie.

Tous ceux qui, comme Thomas Sankara, avaient vu juste, dans la perspective de redresser la barre, ont été assassinés, humiliés.

Du coup, ceux qui ont survécu se sont évertués à jouer le jeu. Ce qui, à la longue, a plongé le continent dans une longue agonie. Trahis par ses propres fils avec la complicité de peuples passifs, l’Afrique, à l’image du Burkina Faso, n’a jamais su faire face aux nombreux défis auxquels elle était confrontée.  Des Sankara, il y en a eu de moins en moins. Mais des Blaise, on en a eu beaucoup. La preuve, la recrudescence actuelle des coups d’Etat.

Comme quoi, l’histoire se répète, d’une fort triste manière. Et ce n’est pas cette condamnation tardive qui va changer grand-chose à cet état de fait.