Élections de mi-mandat aux États-Unis : quelle politique étrangère en cas de victoire des républicains?

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Si la victoire annoncée des républicains à la Chambre des représentants se confirme, la politique étrangère de Joe Biden pourrait être remise en cause, notamment sur l’aide financière envoyée à l’Ukraine, même si les avis au sein du parti républicain divergent sur les questions internationales.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’administration de Joe Biden veille à consolider son alliance avec Kiev. Les États-Unis ont pour l’heure déboursé la somme de 45 milliards de dollars d’aide au pays : 25 milliards pour le volet militaire, 20 milliards de prêts ou de dons à l’usage civil ukrainien. Une aide financière et matérielle colossale, faisant des États-Unis le plus gros donateur pour l’Ukraine.

Mais ce soutien pourrait-il faiblir si la Chambre des représentants tombe aux mains des républicains ? La déclaration à la mi-octobre de Kevin McCarthy, chef de file républicain à la Chambre et potentiel futur président de cette Chambre à partir du 3 janvier, a en tout cas eu l’effet d’une bombe. Il a prévenu que son parti ne signerait pas de « chèque en blanc » à l’Ukraine si les républicains remportaient les élections de mi-mandat.

L’élue républicaine pro-Trump de Géorgie, Marjorie Taylor Greene, est, elle aussi, allée dans ce sens en déclarant « pas un penny » pour l’Ukraine, après avoir accusé Joe Biden d’envoyer « des dollars gagnés à la sueur de leur front par les contribuables américains ».

Dissension sur la politique étrangère chez les républicains ?

D’autres républicains, au contraire, ont réaffirmé leur soutien sans faille au financement de l’Ukraine par l’administration Biden. Mitch McConnell, leader des républicains au Sénat, a publié une déclaration promettant qu’une majorité de républicains au Sénat continuerait d’aider Kiev dans sa guerre. Un épisode symptomatique des divergences en matière de politique étrangère au sein du parti républicain. D’un côté, les défenseurs pro-Trump de l’« America First » (l’Amérique d’abord), et de l’autre, des républicains plus traditionalistes, résistants à la Russie et qui cultivent l’idée que les États-Unis doivent continuer à jouer un rôle à l’international.

Mais selon Jérémy Ghezprofesseur d’Économie à HEC et spécialiste des États-Unis, si la Chambre des représentants tourne au rouge avec une majorité de républicains, il n’y aura pas nécessairement de changement notable sur la politique étrangère américaine. « Le message de Kevin McCarthy est un message politique très clair, destiné à un usage interne. Il fait partie d’une politique qui rend hommage à cette classe moyenne qui a payé un très lourd tribut en Irak et en Afghanistan », indique-t-il au micro de RFI lors de notre édition spéciale de 8h10.

Malgré tout, le Conseil européen des relations internationales l’affirme dans une analyse datant du 8 novembre : les votes pour de futurs financements envers Kiev deviendront systématiquement de véritables batailles politiques au Congrès.

Un soutien finalement concourant pour soutenir l’Ukraine

Au sein de la population américaine, soutenir l’Ukraine reste pourtant un sujet de consensus. D’après un sondage Reuters/Ipsos début octobre, trois Américains sur quatre pensent que les États-Unis doivent continuer à aider l’Ukraine malgré la menace russe. Jérémy Ghez rappelle également que ce soutien transpartisan envers Kiev se retrouve même au sein de la classe politique.

« Pour Washington, l’idée de pouvoir fragiliser la Russie, la Chine ou l’Iran, présente des intérêts stratégiques, mais qui ne sont pas vitaux. Jusqu’ici, il y a une convergence d’intérêts pour les Américains à défendre l’Ukraine. Peut-être que si Kiev dit qu’elle veut récupérer le Donbass, il n’y aura plus forcément la convergence qu’on a pu observer jusqu’à présent, explique-t-il. Quand Nancy Pelosi [l’actuelle présidente démocrate de la Chambre des représentants, NDLR] se rend à Taïwan, ça représente quelque chose de bien ancré dans cette classe politique. C’est une façon de dire : il faut défendre les valeurs universelles que l’Amérique représente, que ce soit à Taïwan ou en Ukraine. »

Autres sujets de politique étrangère : Afghanistan, Chine, climat…

Pour le média américain Foreign Policy, si les républicains deviennent majoritaires à la Chambre, il est très probable qu’ils enclenchent une demande d’enquête sur la débâcle de l’armée américaine en Afghanistan. Une façon de pointer du doigt l’échec de l’opération américaine sur place et de comprendre la gestion, par le gouvernement de Joe Biden, du retrait des troupes du pays en 2021.

Du côté des relations sino-américaines, malgré le consensus autour d’une politique économique ferme envers la Chine, les républicains pourraient pousser pour des mesures encore plus agressives sur le contrôle des exportations chinoises, et des dispositifs de régulation visant à décourager les entreprises américaines et européennes d’investir en Chine, comme le souligne le Conseil européen des relations internationales.

Il est aussi certain qu’une majorité républicaine critiquerait la politique environnementale du président américain, mais sans obtenir le pouvoir nécessaire pour faire sortir les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat de 2016.