Elections en République centrafricaine : l’horreur assourdissante qui intrigue…

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République Centrafricaine : La violence sévit, le sang coule, des gens meurent. L’horreur est liée au conflit qui prévaut dans le pays et aux élections. Des témoignages, des images satellites et des analyses de photographies confirment d’ailleurs la mort de 14 personnes dans un site religieux à Bambari la semaine dernière et de six blessées par les forces de sécurité pendant le couvre-feu à BanguiDes milliers de déplacés internes sont également notés. Amnesty International sévit pour la protection des populations. Il interpelle les autorités du pays.  

Une période électorale tendue en République centrafricaine au cœur d’un conflit. Dans cette insécurité, Amnesty International constate une tuerie de plusieurs civils et de nombreux blessés. Ces droits de l’hommistes appellent les autorités à leur protection et à la diligence d’une enquête judiciaire indépendante sur les abus et les violations des droits humains perpétrés par des membres des groupes armés et des forces de sécurité. «Des témoignages recueillis par Amnesty International, des analyses et vérifications d’images satellites, de vidéos et de photographies, confirment que dans ce contexte des civils ont été tués dans plusieurs villes dont Bambari au centre, et Bangui la capitale. D’importants déplacements de populations ont eu lieu comme à Bangassou, au sud-est. Des pillages et des blocages à l’acheminement des biens de première nécessité et de l’aide humanitaire ont également été constatés.  En temps de conflit, les civils doivent être protégés et leur accès à l’aide humanitaire également. Toutes les parties au conflit, y compris les forces centrafricaines, étrangères et les groupes armés, doivent respecter leurs obligations en matière de droit international humanitaire et ainsi tout mettre en œuvre pour protéger les populations civiles lors de combats et d’attaques », a déclaré Abdoulaye Diarra, chercheur sur l’Afrique centrale à Amnesty International.

Pour ces défenseurs des droits de l’homme «dans un pays où les conflits se succèdent depuis près de deux décennies, les autorités doivent clairement placer la lutte contre l’impunité au cœur de leurs priorités. Un premier pas important doit être l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les abus et violations documentés.»

Selon le communiqué, la situation sécuritaire s’était détériorée à quelques jours de l’élection présidentielle et des élections législatives du 27 décembre dernier à la suite de la formation par six groupes armés, de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) défavorable à l’organisation des élections. D’ailleurs depuis le 17 décembre, la CPC a mené des attaques et occupé plusieurs villes. Les forces armées centrafricaines appuyées par des troupes étrangères, en présence de la MINUSCA ont mené des combats contre elle pour reprendre ces villes.

Des civils tués lors de l’attaque d’un site religieux à Bambari

Des images montrant des corps de personnes tuées le même jour des élections législatives. En tout, 14 cadavres visibles sur le sol, partiellement ou entièrement couverts de tissus, des photos reçues par Amnesty International montrant des dégâts sur un bâtiment.Le conflit est réel. « Nous n’avons pas tous les éléments nécessaires pour déterminer la légalité ou non de cette attaque du 16 février, mais nous tenons à rappeler à toutes les parties au conflit que les attaques visant des cibles civiles sont prohibées par le droit international humanitaire et que des précautions particulières doivent être prises afin de protéger les bâtiments consacrés à la religion et les centres de santé», poursuit Diarra selon qui « Face à la gravité de tels actes, il est urgent que les autorités ouvrent une enquête pour éclaircir les faits et situer les responsabilités.»

240 000 déplacés internes depuis mi-décembre

Depuis la mi-décembre, au moins 240 000 personnes se sont déplacées à l’intérieur de la République centrafricaine, selon les organisations humanitaires, du fait de ces attaques et combats. Une situation qui place les populations affectées dans des conditions humanitaires déplorables. Amnesty International a pu révéler l’ampleur des déplacements à Bangassou. D’après un habitant de la ville qui a déclaré à Amnesty International, «le dimanche 3 janvier la situation était terrible. Il y avait du feu, des scènes de pillages, des tirs, des bruits d’explosion… Toute la ville s’est vidée, 80% de la population a traversé le fleuve pour rejoindre la ville de Ndu au Congo (République démocratique du Congo). … Les gens n’ont pas pu aller aux champs ni à la pêche, … Ils ont perdu leur bétail qui a été systématiquement volé par les groupes armés. »

Perturbation des principaux axes de ravitaillement par les groupes armés

Autant dire que ces victimes risquent de naviguer dans la famine. Des personnes ont rapporté à Amnesty International «les difficultés rencontrées pour accéder à des vivres importés et à l’aide humanitaire en provenance du Cameroun. Les éléments de la CPC ont volontairement bloqué le passage des camions de ravitaillement en menant des attaques contre les conducteurs de camions». A titre d’illustration, le 18 janvier 2021, «trois conducteurs de camions ont été blessés à Baboua au cours d’une embuscade tendue par des éléments de la CPC. Deux autres conducteurs ont été tués sur ce même axe le 19 janvier, selon les autorités centrafricaines. L’approvisionnement du pays dépend beaucoup de son ravitaillement par ce corridor, ce qui a conduit à une raréfaction des denrées et donc à une augmentation des prix. » Un membre de la société civile vivant dans la Préfecture de Nana-Mambere à l’ouest du pays, témoigne : «pendant trois semaines, les principaux axes de ravitaillement avec le Cameroun étaient perturbés ; et le manque de vivres, y compris à Bangui, commençait à peser sur les populations civiles. Cela a engendré une hausse des prix, aggravant la situation des populations qui vivaient déjà dans la pauvreté, »

A cela s’ajoute à en croire une ONG active dans l’humanitaire depuis plusieurs années «la flambée des prix fait aussi peser des craintes sur la sécurité alimentaire. L’organisation de faire savoir que «les prix sur les marchés avaient déjà augmenté avec la pandémie de COVID 19. Cette crise qui accentue l’inflation et l’accès des populations aux produits de première nécessité s’avère compliquée, sachant que la RCA est un pays où l’insécurité alimentaire et la malnutrition étaient déjà élevées.»

Ce blocage volontaire et ces exactions, renforce a déclaré Abdoulaye Diarra, «pourraient constituer des violations du droit international humanitaire, qui stipule que les parties au conflit doivent autoriser et faciliter le passage rapide et sans encombre de secours humanitaires. Les besoins humanitaires se sont accrus avec cette crise. Les acteurs humanitaires doivent pouvoir accéder librement à toutes les populations sans aucune entrave. » Tout de même, « les parties au conflit doivent respecter le droit international humanitaire et le droit international des droits humains ».