Idy, otage de Macky ? Comptes et mécomptes d’une alliance contre-nature

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Muet comme une carpe depuis son revers à la présidentielle de 2019, Idrissa Seck a fini par rallier Macky Sall, son éternel rival. Que gagne-t-il dans cette partie de poker  ? Là est la question… En tout cas, lui et Macky , c’est comme du lait caillé et du pain, nous dit-on. Pour ne l’avoir pas intériorisé, Déthié Fall a été destitué de son poste de vice-président de Rewmi mais il reste membre de ladite formation. Décryptage d’une alliance -contre nature.

Le 1er novembre 2020, Idrissa Seck, 61 ans, a remplacé l’ancienne Première ministre Aminata Touré à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Ce n’est pas tout. Dans ses négociations souterraines avec le « Macky »  qui ont duré 15 mois si on en croit le concerné, il a réussi à avoir deux postes ministériels avec toutes les délices qui s’en suivent. Idy a rejoint le « Macky » à la surprise générale. Personne ne pouvait imaginer un tel scénario qui a pris de court tout le monde. On savait que des concertation se tenaient. Mais voir Idy dans le dispositif de Macky paraissait insolite. Le Président du Conseil Départemental de Thiès a déjoué tous les pronostics.

Quelles sont les dividendes qu’il pourrait en tirer ?

Idy reste un grand calculateur politique , très rusé. IL ne fait jamais rien au hasard.

Il a pu négocier en silence pendant tout ce temps avec le Président Macky Sall pour se retrouver à la tête d’une institution comme le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Aujourd’hui, qu’il a rejoint le camp présidentiel au détriment du statut de Chef de l’opposition,, aura-t-il voix au chapitre ?

Penser qu’Idy a choisi de rejoindre la mouvance présidentielle en acceptant de se faire nommer Président du CESE, rien que pour la stabilité du Sénégal, c’est prendre les enfants du Bon Dieu pour des demeurés.

La station qu’il occupe présentement lui procure des avantages énormes. Disposant outre d’un salaire élevé, gérant un budget de 9 milliards de nos pauvres francs et bénéficiant ce qu’on  peut appeler une « caisse noire » estimée à 500 millions de Fcfa l’année et nommant une dizaine de personnes dans son entourage. Ainsi, il pourra consolider  son trésor de guerre pour redorer le blason de sa formation politique en nette perte de vitesse et se préparer en conséquence pour les élections locales qui auront lieu en fin de 2021 si l’on croit Mahmouth Saleh.

Il s’y ajoute que  deux de ses poulains ont été casés comme ministres avec pouvoir de nommer leurs proches  sans compter que son parti dispose déjà de députés à l’Assemblée nationale, en attendant de bénéficier de quotas au sein du CESE qu’il dirige et au Haut conseil des collectivités territoriales,

Il est clair qu’Idy a un objectif de conquête du pouvoir par contournement. Il ne veut pas prendre l’autoroute à péage. Macky Sall acceptera-t-il de fortifier un adversaire qu’il a laminé à la dernière élection présidentielle ?

Idrissa Seck s’est tiré une balle sur la tête

Après sa nomination à la tête du conseil économique, social et environnemental (Cese) par le Président de la République, Macky Sall, ce dimanche 02 novembre 2020, le ciel semble s’écrouler sous les pieds de Idy. Le leader du parti « Rewmi » commence à perdre ses alliés de l’opposition et ses partisans. En effet, le mouvement « Geum Sa Bopp » a quitté la Coalition Idy 2019 et réaffirme avec force, son appartenance à l’opposition. Bougane Gueye Dany a complètement tourné le dos à l’ancien maire de Thiès qu’il avait rejoint lors de la présidentielle de 2019.

Le mouvement « Avenir bi nu beg » a lui aussi quitté la coalition « Idy 2019 »

Frustrations énormes

Le rapprochement entre Idrissa Seck et le Président Macky Sall est diversement apprécié au niveau du parti Rewmi. Si la coalition Idy 2019 a déjà volé en éclats, on note des démissions au parti de l’actuel président du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE). En fait, le coordonnateur communal de Rewmi de Diamniadio, Adama Mohamed Mbaye, commissaires aux enquêtes. La responsable politique de Rewmi à Tamba, Ndéye Marème Diaw a quitté le « navire orange ». Car elle n’a pas accepté que son mentor rejoigne de nouveau la majorité présidentielle en acceptant ce poste de président du Cese.

Idy veut remplacer Macky…

D’après l’enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis  qui intervenait dans la presse, Idrissa Seck veut se positionner pour remplacer Macky Sall si jamais il quitte le pouvoir en 2024. C’est ça son calcul politique. On verra plus tard comment cela va se passer. A son avis, Idrissa Seck est gagnant sur ce coup. Mais comme on est dans une alliance machiavélique, de fins stratèges politiques, on verra qui va gagner et qui va perdre dans ces rapports de force ?

Et le Troisième mandat ?

Idy s’ était  opposé résolument contre le troisième mandat de Wade, Aujourd’hui, il participe  à un gouvernement d’un Président à qui on prête la volonté d’avoir un troisième mandat. Quelle sera son attitude si le Président Macky Sall tentait un troisième mandat ?

Parfum d’un deal : L’orange vire au marron

« Après plusieurs mois d’échanges dans le cadre du dialogue national comme au cours de plusieurs rencontres en tête à tête avec le président, après une analyse lucide et sereine du contexte international africain et sous régional et national, la nécessité nous est clairement apparue de répondre positivement à l’appel du président de la République pour une union de l’ensemble des forces vives de la nation pour mieux faire face aux défis du moment », a déclaré Idrissa Seck juste après sa nomination.

Qui connaît le personnage principal du fameux feuilleton politico-judiciaire sénégalais « Lui et Moi », sait que si L’orange accepte de virer au marron c’est pour une bonne raison.Macky acceptera-t-il à Idrissa Seck ce qu’ il a refusé à Mimi, Amadou Bâ, Aly Ngouille Ndiaye, Matar Cissé, Oumar Youm

Rewmi a plus à y perdre qu’à y gagner

Pour Rewmi, la formation de celui qui était jusque-là pressenti pour être chef de l’opposition, la décision de rejoindre le gouvernement est lourde d’enjeux.

Déjà décapité  par Macky Sall depuis 2012 avec les départs de Pape Diouf, Oumar Guèye, Me Nafissatou Cissé, Youssou Diagne, Oumar Sarr (à ne pas confondre avec Oumar Sarr de Dagana), Thierno Bocoum, Abdourahmane Diouf et Colonel Kébé, le parti d’Idrissa fait face à une  vague de contestations qui secoue ses rangs depuis cet-après-midi du dimanche 1er novembre 2020. A cela vient se greffer une crédibilité mise à rude épreuve. Le leader de Rewmi est perçu par bon nombre de Sénégalais comme un « symbole de la tortuosité »

Idy s’il veut continuer le compagnonnage avec Macky, devra faire acte d’allégeance comme l’ont fait Moustapha Niasse, les Socialistes,   des leaders de la gauche traditionnelle  et des libéraux . Chez le Président Macky Sall, c’est la pensée unique qui prévaut. Il n’accepte point les contradictions. Idy , s’il veut longtemps rester à ses côtés devra faire preuve de non ambition. Le Prince n’ aime pas les « ambitieux »

4 ans nous séparent de la présidentielle de 2024. C’est dire que Macky et Idy vont faire des ruses pour que cette jonction n’éclate pas. Idy pourra-t-il s’arrimer aux basques du Président et en faire Dieu-le père ? Là est la question…

« Idy ou la capitulation achetée », selon Moustapha Diakhaté

De l’avis de Moustapha Diakhaté qui a été aux côtés de Macky dans les années de braises : « Si Macky Sall voyait en rêve transmettre le pouvoir à Idy, il considérerait ça comme un cauchemar. Ça ne lui traverse même pas l’idée. Ce qui s’est passé c’est qu’Idrissa Seck traversait des difficultés d’ordre financier, le président l’a appuyé et en contrepartie il s’est rendu à la majorité présidentielle. Véritablement ce n’est pas une affaire de recomposition mais une capitulation achetée ». Et poursuit-il : «  Idy souhaiterait être le chef de l’opposition mais après que Macky l’a aidé pour le faire  sortir suffisamment des difficultés. Au lieu de le laisser être chef de l’opposition, il le met dans la majorité en lui donnant une institution. En plus même de la capitulation, Idy est pris en otage par Macky Sall. Il suffit qu’il dise un mot critique contre la gouvernance de Macky pour qu’il soit limogé ».

Une position inconfortable pour celui qui rêvait et continue de rêver  d’être le 4è Président du Sénégal. Entre lui et Macky , jusqu’ à quand ira l’idylle ?