Iran : faire tomber le turban des mollahs, une autre façon de protester

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Les manifestants iraniens ne manquent pas d’idées, encore moins de courage, pour protester contre le régime. Ils refusent de plier malgré la répression sanglante qui s’abat sur eux depuis la mort de Mahsa Amini le 16 septembre dernier. Depuis quelques jours, ils retirent le turban des mollahs.

Manifester, se couper les cheveux, déchirer des affiches du guide suprême, ôter le voile en public, manifester pendant les obsèques de personnes tuées par le régime, ne pas acheter des produits de consommation (hors nourriture) provenant du gouvernement, la liste des formes de rébellion contre le régime de Téhéran semble bien loin d’être épuisée. Et d’aucuns de se demander si la peur n’a réellement pas changé de camp en quelques semaines.

Depuis quelques jours, des vidéos pour le moins surprenantes envahissent les réseaux sociaux. On y voit des jeunes retirer et faire tomber à terre leur turban aux mollahs, en pleine rue. Si certains manifestants s’enfuient après, d’autres feignent et prétendent qu’ils n’ont rien fait.

Sur son compte Twitter, Holly Dagres, une analyste et commentatrice irano-américaine, a partagé un compte usurpé de la « Fédération iranienne de lanceur de turban » qui annonce ironiquement un « concours de saisie et de lancer de turban ». « Retirer les turbans des ecclésiastiques est devenu un acte de protestation après que le régime a tué des centaines de manifestants innocents », peut-on lire dans la légende d’une autre vidéo, tandis que dans une énième, on entend des jeunes applaudir bruyamment après que le turban d’un religieux est tombé à terre.

Un symbole puissant

Le geste de s’en prendre aux mollahs en Iran est symboliquement fort. Ces hommes, considérés à l’origine comme des érudits musulmans, ont toujours eu un rôle important dans le pays, que ce soit dans le domaine religieux, pédagogique, juridique. Depuis la révolution de 1979 et la chute du Shah, ce sont eux qui sont au pouvoir. Faire tomber le turban des mollahs vise à défier une fois encore les autorités qui obligent les femmes à se couvrir les cheveux lorsqu’elles se trouvent dans des lieux publics.

Depuis bientôt deux mois, les manifestants rêvent de faire tomber le régime iranien et les slogans « mort aux mollahs », « à bas le dictateur » ont été ajoutés à « femme, vie, liberté » scandé dès le début du mouvement. L’objectif de cette jeunesse lasse du système répressif, radical et liberticide est que naisse une révolution.

Depuis le début de la contestation, des dizaines de personnes, principalement des manifestants, mais aussi des membres des forces de sécurité, ont été tuées. Samedi 5 novembre, lONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, a recensé 304 morts (5 novembre). Des centaines d’autres personnes ont été arrêtées lors de ces manifestations, qualifiées généralement d’« émeutes » par les autorités. Plus de 2 000 personnes ont été inculpées, dont la moitié à Téhéran, selon les chiffres officiels fournis par la justice iranienne.