L’État camerounais admet l’implication de militaires dans le meurtre de 13 civils en février

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La présidence camerounaise a admis mardi que 13 civils, dont 10 enfants, avaient été tués par trois militaires et des supplétifs dans un village du nord-ouest séparatiste anglophone mi-février, un massacre qui avait déclenché un tollé international et dans lequel Yaoundé niait jusqu’alors toute responsabilité de son armée.

Dans la nuit du 13 au 14 février, selon l’ONU, 23 civils, dont 15 enfants (neuf de moins de 5 ans) et deux femmes enceintes, avaient été tués dans le quartier de Nargbuh du village de Ntumbo, une tuerie qui avait déclenché un tollé international.

Trois soldats et un groupe d’autodéfense ont « donné l’assaut » contre une base de rebelles séparatistes et, « après des échanges de tirs au cours desquels cinq terroristes ont été abattus », ils ont « découvert que trois femmes et dix enfants avaient péri du fait de leur action », a annoncé la présidence camerounaise dans un communiqué ajoutant: « Pris de panique, les trois militaires aidés de certains membres du comité de défense, ont tenté de masquer les faits par des incendies ».

Les exactions et crimes commis de part et d’autre sont fréquents, selon les ONG internationales, dans les deux régions peuplées par la minorité anglophone camerounaise dans le nord-ouest, où s’affrontent depuis trois ans des groupes rebelles séparatistes et les forces de sécurité.

« Malheureux accident »

Sous la pression internationale, le président Paul Biya avait exigé l’ouverture d’une enquête sur la tuerie, dont les premières conclusions ont été livrées mardi soir.

Jusqu’alors, pressé par les ONG internationales qui accusaient l’armée et une milice peule alliée d’avoir perpétré le massacre, Yaoundé avait nié et affirmé que la mort de civils était la conséquence d’un « malheureux accident »: l’explosion de conteneurs de carburant consécutive à des échanges de tirs entre soldats et séparatistes.

Dirigée par un sergent, « la mission de reconnaissance » composée de trois militaires et deux gendarmes, épaulés par 17 membres d’un « comité de vigilance local » dans ce village repéré comme un « centre de regroupement des terroristes », « a donné l’assaut sur la base des informations communiquées par un terroriste repenti et un paysan », affirment les conclusions de l’enquête communiquées mardi par la présidence.

Puis, le sergent, qui « n’a pas maîtrisé ses hommes », « a volontairement biaisé le compte-rendu à sa hiérarchie (…) sur la base duquel le gouvernement a initialement fondé sa communication », lit-on encore dans le communiqué présidentiel.

Le président Biya a ordonné notamment l’arrestation du sergent, d’un des gendarmes et d’un soldat ainsi que de dix des miliciens « non encore identifiés », et l’ouverture d’une procédure judiciaire contre les trois militaires déjà remis « à la disposition du Tribunal militaire de Yaoundé ».

« Les forces gouvernementales et des membres de l’ethnie peule ont tué au moins 21 civils, dont 13 enfants et une femme enceinte (…) dans des conditions horribles », avait accusé Human Rights Watch (HRW) le 28 février.

Pour l’ONG internationale, qui citait des témoignages, les meurtres ont été commis par 10 à 15 « militaires du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), unité d’élite de l’armée camerounaise, et au moins 30 Peuls armés ».

Depuis 2017, les combats entre militaires et groupes armés séparatistes, mais aussi les exactions et crimes commis par les deux camps selon les ONG, ont fait plus de 3.000 morts en trois ans et 700.000 déplacés dans les provinces anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.