L’Iran diffuse une vidéo présentée comme les «aveux» d’espionnage de deux Français arrêtés

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Ce jeudi 6 octobre, l’Iran a diffusé une vidéo présentée comme des « aveux » d’espionnage de deux Français arrêtés en mai dans le pays, sur le site de la chaîne arabophone al-Alam de la télévision officielle.

Les deux Français avaient été arrêtés en mai 2022  à un moment où le pays était le théâtre de manifestations d’enseignants qui réclamaient des réformes pour une revalorisation de leurs salaires et appelaient à la libération de collègues arrêtés lors de précédentes mobilisations. La diffusion de cette vidéo survient par ailleurs sur fond d’autres manifestations déclenchées le 16 septembre par la mort d’une jeune femme, Mahsa Amini, après son arrestation par la police des mœurs. Dans la vidéo diffusée par le site d’al-Alam, une jeune femme s’exprimant en français affirme s’appeler Cécile Kohler et être agent de renseignement opérationnel à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, service de renseignement français).

Arrestation « sans fondement »

L’Iran a accusé à plusieurs reprises des forces extérieures d’attiser les protestations et fait savoir la semaine dernière que neuf ressortissants étrangers – notamment de France, d’Allemagne, d’Italie, de Pologne et des Pays-Bas – avaient été arrêtés. L’Iran avait annoncé, le 11 mai 2022, l’arrestation de deux Européens « entrés dans le pays dans le but de déclencher le chaos et déstabiliser la société ». Les autorités françaises avaient alors dénoncé une arrestation « sans fondement » et demandé leur « libération immédiate ».

Par la suite, Téhéran avait accusé, début juillet, d’« atteinte à la sûreté » du pays deux « syndicalistes français » arrêtés en mai. Une source syndicale française les avait identifiés comme Cécile Kohler, une responsable du syndicat d’enseignants Fnec FP-FO, et son conjoint Jacques Paris. Elle précisait qu’ils faisaient du tourisme en Iran pendant les vacances de Pâques au moment de leur arrestation.

Dans la vidéo diffusée ce jeudi, la femme affirme qu’elle et son conjoint étaient en Iran « pour préparer les conditions de la révolution et du renversement du régime iranien ». Ils devaient, toujours d’après ses propos télévisés, financer des grèves et des manifestations et même utiliser des armes « si nécessaire pour se battre contre la police ». Selon l’homme montré dans la vidéo, qui s’exprime aussi en français, les objectifs de la DGSE sont de « faire pression sur le gouvernement » iranien.

« Une mise en scène indigne, contraire au droit international »

La diffusion par l’Iran des « aveux » d’espionnage de deux Français arrêtés en mai dans le pays est « une mise en scène indigne, révoltante, inacceptable et contraire au droit international », a réagi, jeudi 6 octobre, le ministère français des Affaires étrangères. Les deux Français sont des « otages d’État », ajoute le Quai d’Orsay

La télévision iranienne a déjà montré des « aveux » de détenus par le passé, notamment du journaliste de Newsweek Maziar Bahari, qui avait ensuite affirmé dans un livre paru à l’étranger avoir été forcé de les faire lors de sa détention en 2009. En juin 2020, des ONG avaient exhorté l’Iran à mettre fin à la pratique des « aveux forcés » télévisés de prisonniers diffusés par les médias publics. Selon la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et Justice for Iran (JFI), basée à Londres, les victimes interrogées disent avoir été « soumises à des actes de torture et à des mauvais traitements pour les forcer à avouer des faits (souvent faux) devant la caméra ».

Plus d’une vingtaine de ressortissants de pays occidentaux, binationaux pour la plupart, sont détenus ou bloqués en Iran, ce que des ONG condamnent comme une politique de prise d’otages pour obtenir des concessions des puissances étrangères. Parmi eux, figurent la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah, arrêtée en juin 2019 puis condamnée à cinq ans de prison pour atteinte à la sécurité nationale, ce que ses proches ont toujours farouchement nié, ainsi que le Français Benjamin Brière, arrêté en mai 2020 et condamné à huit ans et huit mois d’emprisonnement pour espionnage, ce qu’il conteste. Un citoyen américain, Baquer Namazi, qui avait purgé une peine de prison pour espionnage, a pu quitter l’Iran le mercredi 5 octobre, a annoncé le secrétaire d’État, Antony Blinken.