L’ONU vote pour surveiller la répression des opposants en Russie

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Ce vendredi 7 octobre à Genève, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a, pour la première fois, établi un mandat de Rapporteur spécial chargé de surveiller la répression des opposants en Russie, une double victoire pour les Occidentaux après le Nobel de la paix à une ONG russe.

Le texte, qui était proposé par une grande partie des pays membres de l’Union européenne, a été adopté avec dix-sept voix favorables. Vingt-quatre pays se sont abstenus et six ont voté contre, dont la Chine. C’est la première fois que Moscou était visé par une résolution concernant la situation des droits humains à l’intérieur du pays. L’adoption de la résolution intervient peu après l’attribution du Nobel de la paix à l’ONG russe Memorial, bannie en Russie, au militant bélarusse emprisonné Ales Beliatski et au Centre ukrainien pour les libertés civiles.

« Double victoire »

« C’est une double victoire », a réagi l’ambassadeur français, Jérôme Bonnafont. L’ambassadeur russe auprès de l’ONU à Genève Guennadi Gatilov, ancien vice-ministre des Affaires étrangères, a préféré souligner que « moins de la moitié » des 47 États membres du Conseil a voté en faveur du texte. Avant le vote, il avait accusé « les pays occidentaux d’utiliser le Conseil à des fins politiques ».

La Russie a quitté le Conseil il y a quelques mois au moment où l’Assemblée générale de l’ONU votait son expulsion suite à l’invasion de l’Ukraine mais elle dispose du statut d’observateur et peut donc s’exprimer. La résolution, adoptée le jour du 70e anniversaire du président russe Vladimir Poutine, décide de nommer un Rapporteur spécial chargé de surveiller « la situation des droits de l’homme » pendant un an. L’expert devrait être nommé dans quelques semaines, mais il n’est guère certain qu’il soit autorisé par Moscou à se rendre en Russie. Il n’est toutefois pas inhabituel que des experts de l’ONU ne soient pas autorisés à se rendre sur place.

La résolution charge le Rapporteur de « recueillir, examiner et évaluer les informations pertinentes provenant de toutes les parties prenantes, y compris la société civile russe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays ». « Les récentes lois draconiennes visant à étouffer les médias indépendants et les organisations « indésirables », les sanctions sévères pour quiconque remet en question le gouvernement, ou encore le grand nombre de personnes arrêtées dans le cadre de manifestations, constituent quelques exemples récents d’une politique de répression systématique », a déclaré l’ambassadeur du Luxembourg Marc Bichler, en présentant la résolution.

En Russie, « le Conseil des droits de l’homme observe la situation »

« Il était important que le Conseil prenne ses responsabilités, qu’il n’y ait pas un « deux poids deux mesures », que la société civile en Russie sache que le Conseil des droits de l’homme observe la situation », a souligné l’ambassadeur de France. En mai, le Conseil avait lancé une enquête de haut niveau sur les violations commises par les troupes russes en Ukraine. Mais de nombreuses voix, notamment d’ONG, s’élevaient pour réclamer que l’organe s’intéresse également à la détérioration des violations des droits de l’homme en Russie.

Le vote sur la Russie intervient au lendemain d’un autre scrutin historique au Conseil et un revers pour les Américains. Le Conseil a refusé de débattre des exactions dont est accusé la Chine dans sa province du Xinjiang. Un tel débat se serait inscrit dans la suite du rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, publié fin août. Celui-ci dénonçait de possibles crimes contre l’humanité contre les Ouïghours et d’autres membres de minorités musulmans au Xinjiang. Pékin rejette ces accusations.