Papa Mademba Bitèye, DG de SENELEC : « Nous ne sommes pas dans une logique de bras de fer avec qui que ce soit »

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Des dossiers électriques, le Dg de Senelec n’en manque pas dans ses tiroirs. De la très médiatisée affaire Akilee à la centrale de Sendou en passant par ses rapports supposés heurtés avec la tutelle, Papa Mademba Bitèye n’a pas de temps à regarder les insectes tournoyer autour des lampadaires. Sur tous ces dossiers et sur d’autres, il a accepté, de bon cœur, de se livrer à Walf Quotidien. (SUITE)
On a récemment vu Senelec perdre la plus grosse centrale de production de son parc et faire face aux difficultés d’approvisionnement de la Société africaine de raffinage (Sar) sans qu’on assiste aux délestages que tout le monde redoutait avec ces deux phénomènes. Qu’est-ce qui a fait qu’il n’y a eu aucun impact ?
Les éléments de contexte que vous énoncez sont effectivement réels et concourent à l’instauration d’une conjoncture particulièrement défavorable pour Senelec. Mais comme vous l’avez remarqué vous-même, malgré cela, nous parvenons à maintenir la qualité du service. Cette performance, c’est le sacre de la vision du Président de la République et de la politique que lui-même a définie pour le secteur de l’énergie. Car, il ne faut pas se tromper, ce n’est ni le directeur général de Senelec, ni même le ministre en charge de l’Énergie qui décident de quelle politique énergétique mener pour notre pays. La définition des politiques publiques est du ressort exclusif du Président de la République et tout autre acteur qui y intervient n’agit que dans le cadre de la chaîne d’exécution. C’est le Président qui a décidé de ce qu’il fallait faire pour assurer un service public de l’électricité de qualité, puis les différents directeurs généraux qui se sont succédé se sont attelés à mettre en œuvre les politiques qu’il a définies. Le résultat donne la qualité de service que vous observez aujourd’hui. Donc, en tant que directeurs généraux, nos prédécesseurs et nous-même n’avons de mérite que du point de vue de notre capacité à nous approprier les politiques définies par le Président, à nous conformer à ses orientations et directives. Aucun de nous ne saurait légitimement revendiquer un mérite personnel dans ce que l’on pourrait qualifier de révolution du service public de l’électricité observée au Sénégal depuis 2012.
Au demeurant, je rends un vibrant hommage à mes illustres prédécesseurs qui ont accompli un travail remarquable conformément aux orientations stratégiques du Chef de l’État.
En ce qui me concerne, étant un pur produit de Senelec et ayant vécu de l’intérieur les réalités de l’entreprise bien avant l’élection du Président Macky Sall, je dispose d’assez d’éléments référentiels qui me permettent d’apprécier la supériorité de sa vision sur tout ce que nous avons connu avant lui. Je vous ai déjà parlé de son expérience des politiques publiques et de son expertise sur la question énergétique. L’une et l’autre se sont manifestées dans le secteur en y apportant des innovations majeures, tant du point de vue organisationnel que sur le mode de production. C’est tout cela qui a permis de faire passer Senelec en 5 ans de sa situation de déficitaire chronique avec de multiples problèmes de production réputés insolubles, dispensant un service précaire à la qualité décriée, à celle d’excédentaire capable de surmonter toutes les conjonctures et de pérenniser la qualité de son service. Le Président de la République qui maîtrise parfaitement les modalités de la tendance constamment en hausse de la demande d’électricité et les aléas qui peuvent affecter la production à tout moment, a choisi dès le départ de viser, non pas un niveau de production couvrant les besoins du moment, mais une production suffisante et toujours en hausse, aménageant un potentiel en réserve qui pourrait être tourné vers l’exportation ou à la demande intérieure en cas de besoin. Ainsi, même lorsqu’une partie du parc de production est hors service, il devrait toujours en rester suffisamment pour satisfaire la demande.
Quand bien même nous avons enregistré la panne de la plus grande centrale, l’anticipation qui caractérise la conduite du secteur a permis de couvrir les besoins de production.
C’est dans ce cadre qu’il faudrait placer la présence de ce fameux bateau qui a inspiré certains à vouloir entretenir tout un débat là-dessus. Si ce bateau n’était pas là, l’arrêt de la plus grande centrale comme rappelé aurait entrainé automatiquement un déficit de production dont les effets auraient été des délestages à grande échelle comme on en a connu en 2011. La centrale de Sendou de 125 MW a été construite en 10 ans, celle de Tobene de 115 MW en 5 ans, nous venons d’installer 220 MW en deux mois parce que le Président nous a demandé de travailler en mode « Fast Track ». En outre, dans ce projet le risque combustible est entièrement supporté par le promoteur. Sur le plan de la qualité aussi, la politique définie par le Président a misé sur les énergies renouvelables plus propres. La conséquence est que 22% de la production globale d’électricité dans notre pays est aujourd’hui d’origine renouvelable et nous atteindrons 30% d’ici la fin de cette année. Grâce à cela, les potentiels problèmes d’approvisionnement en combustible jusqu’à un certain niveau peuvent être résorbés grâce à la politique de mix énergétique marquée par la diversification avec l’électricité d’origine renouvelable.
Senelec va prendre 15% dans une société de production de 300MW de privés sénégalais et va donner les compétences techniques. Ne risquez-vous pas, demain, de vous voir reprocher la même chose avec Akilee ?
Cette option prouve au moins que Senelec reste dans les dispositions pour accorder au privé sénégalais toute sa place dans le secteur. C’est un projet en co-développement où Senelec est le bras technique et le privé sénégalais le bras financier. Les négociations menées nous ont permis d’avoir des tarifs les plus bas du parc, ils sont 34% moins chers par rapport à celui du parc actuel. Nous avons fait travailler le privé sénégalais tout en faisant gagner de l’argent à Senelec dans le cadre des orientations politiques définies par Monsieur le Président de la République de développer la production dans le cadre des PPP. Les centrales privées représentent 60% de la capacité totale installée et sont détenues entièrement par des privés étrangers.
La centrale de Sendou vous réclame 47 milliards de francs Cfa pour 400 mille MWh effectivement fournis. Pourquoi vous ne voulez pas honorer cette facture ?
Le contrat de Sendou a été signé le 24 janvier 2008 pour un délai de mise en service commerciale prévue de 30 mois. La centrale n’a été mise en exploitation commerciale que le 21 octobre 2018. Je voudrai juste rappeler que le plan industriel de Senelec faisait ressortir un manque à gagner de 65 milliards F CFA par année de retard.
La centrale est tombée en panne le 19 juillet 2019, le jour de la finale de la CAN. Donc cette centrale n’a même pas fonctionné une année complète. Des pénalités pour défaut de performances ont été appliquées par Senelec conformément aux dispositions du contrat d’achat d’énergie qui nous lie à cette société. Comment une société qui a fourni 400 000 MWh pendant 4 ans peut-elle réclamer 47 milliards F CFA alors qu’elle devait 922 000 MWh par année à Senelec. Les performances réalisées ne lui permettent pas de réclamer une telle ardoise. Je voudrais juste rappeler que Senelec travaille actuellement avec onze producteurs indépendants dont CES qui a sa centrale à l’arrêt.
N’est-il pas possible de trouver un compromis pour éviter sa faillite, étant donné que vous êtes son seul client ?
Le compromis passe par la mise en place d’une centrale fonctionnelle qui est de la responsabilité entière du promoteur. Les conditions exigées par Senelec pour accepter le couplage de la centrale ont été partagées avec les Prêteurs.
Senelec est prête à travailler avec tous les producteurs indépendants pourvu que leurs centrales présentent les conditions d’un fonctionnement sur et continu. C’est valable pour Sendou et pour tous les autres.
15-Est-ce que tous ces bras de fer de Senelec ne vont pas avoir d’effets sur la marche de l’entreprise ?
Senelec ne peut pas être dans une logique de bras de fer avec qui que ce soit. C’est une société stratégique qui a besoin d’être gérée dans la transparence et le respect des règles, conformément à la vision du Président de la République.
Dans l’exercice de cette mission, la référence c’est de mériter la confiance des autorités en veillant à mettre en œuvre scrupuleusement la politique dans le secteur afin d’assurer un service de qualité tout en défendant les intérêts de l’entreprise. Chaque fois que nous nous retrouvons en contentieux avec un partenaire, c’est parce que nous avons constaté que le partenariat s’oriente dans un sens défavorable aux intérêts de Senelec. Et quand il s’agit de défendre les intérêts de Senelec, il n’y a pas de compromis possible. C’est la mission qui nous a été assignée.
La demande d’électricité ne cesse de croître. Est-ce qu’au niveau de la production, Senelec sera au rendez-vous pour carburer en plus le Plan Sénégal Emergent (Pse) ?
Senelec est déjà au rendez-vous car l’électricité est au cœur de tous les programmes du PSE. Même dans la phase II du PSE qui a servi de programme de campagne pour lequel le Président a été réélu en 2019, vous avez, parmi les accès universels visés, l’accès à l’électricité pour tous. Et sur le terrain, on peut constater tout ce qui est en train d’être fait pour que l’électricité ne soit plus un service exclusivement urbain, mais un service pour tous les Sénégalais.
À ce titre, le programme que nous sommes en train de dérouler prévoit la mise en service de 1 849 localités. L’accès universel à l’électricité à l’horizon 2025 reste notre objectif et notre référentiel unique dans ce domaine.