Présidentielle au Niger : les manifestations se poursuivent

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Des violences ont éclaté, jeudi, après l’officialisation par la commission électorale de la victoire à la présidentielle du candidat du parti au pouvoir, Mohamed Bazoum. Des partisans de Mahamane Ousmane, candidat de l’opposition battu au scrutin de dimanche, ont violemment manifesté à Niamey pour le troisième jour consécutif.

Plusieurs bâtiments ont été incendiés dans la capitale nigérienne au lendemain de l’officialisation par la commission électorale de la victoire de Mohamed Bazoum avec plus de 55 % des voix.

Son rival au second tour, Mahamane Ousmane, ancien président, dénonce des fraudes et affirme avoir remporté la présidentielle avec 50,3 % des voix.

 

Des petits groupes de partisans d’Ousmane étaient de nouveau descendus dans les rues, jeudi, pour en découdre avec les forces de l’ordre, jetant des pierres en direction des policiers, qui ont répondu en tirant des cartouches de gaz lacrymogène.

Certains protestataires ont mis le feu à des maisons, dont celle du correspondant de Radio France Internationale (RFI) Moussa Kaka.

Le journaliste de RFI et sa famille sont indemnes, a précisé RFI dans un communiqué en dénonçant une « très grave atteinte à la liberté de la presse ». « RFI apporte tout son soutien à son correspondant, condamne cet acte liberticide et continuera de défendre la liberté d’informer », a ajouté la radio.

« Le bilan est de deux morts », a déclaré, jeudi, à la presse Alkache Alhada, ministre de l’Intérieur, annonçant également 468 arrestations depuis mardi, « y compris certains hommes politiques ».

L’une des personnes décédées a été victime d’une crise d’épilepsie pendant une manifestation.

L’autre a été tuée par balle et était le garde du corps d’un candidat du premier tour du 27 décembre, Seïni Oumarou, qui avait appelé à voter au second tour pour Mohamed Bazoum.

 

Le ministre de l’Intérieur a accusé le principal opposant Amadou Hama – qui n’a pas pu se présenter à la présidentielle à cause d’une condamnation en justice – d’être à l’origine de ces troubles et de vouloir « arriver au pouvoir » en « mettant le feu » au Niger.

Il pointe notamment le discours du 21 août dernier, lors duquel l’opposant avait appelé à une alternance du pouvoir avant même l’élection présidentielle. « Comment peut-on, avant l’élection, organiser une alternance autrement que par la force, autrement que par un coup d’État en fait ? Le 22 septembre, il disait que si sa candidature n’était pas retenue, ce qui était arrivé au Mali arrivera au Niger. Il est arrivé au Mali… un coup d’État… Je ne fais même pas cas des propos racistes qu’il a proférés, ce n’est pas responsable. »

Amadou Hama, qui soutenait Ousmane, a, durant la campagne, attaqué les origines arabes de Mohamed Bazoum en des propos parfois très véhéments pouvant être passibles, selon plusieurs sources proches du pouvoir, de poursuites pénales.

 

Ousmane, qui a été président de 1993 à 1996 avant d’être renversé par un coup d’État militaire, a déclaré, mercredi, qu’il se réservait le droit de faire appel du résultat de l’élection devant les tribunaux.

Une mission d’observateurs de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest a jugé que le vote s’était déroulé dans des conditions transparentes et équitables.

Le scrutin a cependant été entaché par des violences, huit scrutateurs ayant été tués dans des régions du pays où opèrent régulièrement des groupes jihadistes.

L’élection marquait la première transition démocratique au Niger depuis l’indépendance de l’ancienne colonie française en 1960. Mohamed Bazoum doit succéder à Mahamadou Issoufou, qui a effectué deux mandats consécutifs de cinq ans.

Condamnant ces violences, Paris a appelé l’ensemble des parties au « dialogue » et « à recourir aux voies légales pour régler tout différend ».

Dans un communiqué commun, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et l’ONU « condamnent fermement les actes de violence » et « appellent toutes les parties prenantes à la retenue ».

Lors d’une rencontre à Niamey avec les diplomates étrangers et les représentants des organisations internationales, le Premier ministre nigérien, Brigi Rafini, leur a demandé d’aider son pays au dialogue avec l’opposition « pour un Niger uni et sans fractures ».