Remous au REWMI : Une histoire d’ambition

0
159

Après avoir coopté à ses côtés la très politique Awa Guèye Kébé, Idrissa Seck met en selle le stratège et non moins secrétaire général du Rewmi, l’ancien ministre libéral Lamine Ba, devenu n°2 de fait, avec la destitution du député Déthié Fall. Retour sur un réaménagement qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets.

 

Sur sa page Facebook, le journaliste Mame Ngor Ngom ironise : ‘’En 2013, Idrissa Seck a été victime du ‘moutt mba mott’ (se taire ou quitter). En 2020, il s’érige en bourreau…’’ en imposant le même diktat à ses proches. Comme Idy en 2013, le désormais ancien vice-président Déthié Fall a préféré le ‘’mott’’ qui libère du ‘’moutt’’ qui asservit dans la coalition présidentielle. Ironie de l’histoire, c’est Idy himself qui enfile le boubou de Macky pour ‘’exécuter’’ l’un de ses plus proches collaborateurs. Adoptant, du coup, l’attitude de ses poulains qui avaient, en 2013, préféré se taire pour rester dans le gouvernement.

 

Ainsi, après son divorce et remariage, la mariée a visiblement opté d’accepter le mari tel qu’il est. Quitte même à renier tout enfant téméraire qui oserait remettre en cause l’idylle avec le beau-père intransigeant. En réunion du Secrétariat national, le 29 novembre dernier, le patron du Rewmi s’est voulu on ne peut plus clair à l’endroit de ses poulains.

Il avertit : ‘’Quand j’ai quitté la coalition Benno Bokk Yaakaar en 2013, je savais que je pouvais perdre les deux ministres que j’avais fait nommer au gouvernement. Et cela ne m’a pas arrêté. Si je l’ai fait à l’époque par principe, vous comprendrez aisément que perdre un député ne sera pas un problème pour moi.’’ Mieux, renchérissait-il, parmi ces collaborateurs dont il s’était débarrassé, il y avait un ami qui lui était très proche, dont le fils ainé porte son nom et une des filles porte le nom de sa femme. Par principe, disait-il, il avait refusé de se taire.

Aujourd’hui, il accepte non seulement de se taire, mais aussi d’imposer le même silence à tous ses collaborateurs, pour sauver son deuxième mariage avec le Monsieur intransigeant.

 

Mais qu’est-ce qui a donc changé entre 2013 et 2020 ? Pourquoi la mariée accepte-t-elle ce qu’elle avait naguère refusé ? Les questions vont bon train. Peut-être les Sénégalais n’auront jamais les bonnes réponses. Du côté des nouveaux mariés, en tout cas, on préfère surtout mettre en avant l’intérêt supérieur de la nation, qui exige de se surpasser, en vue de préserver la stabilité du pays. Mais chez la plupart des observateurs, cet argument est peu opérant.

 

Ce qui est sûr, c’est que, quelles que soient leurs motivations, les deux formations auront en ligne de mire l’élection présidentielle de 2024. Alors qu’Idy n’a jusque-là pas renoncé à son ambition de devenir le 5e président de la République. Macky, lui, aura à tout le moins l’ambition légitime de se faire succéder par un homme de confiance. Pendant que l’un pense qu’il peut utiliser ce compagnonnage pour discréditer et affaiblir l’un de ses challengers les plus valables. L’autre compte s’appuyer sur le même compagnonnage pour reprendre du poil de la bête. Le premier pense qu’il a fait le plus dur, en cooptant le second dans le camp de la majorité présidentielle. Ce dernier en profite pour se réorganiser, se réarmer, renforcer ses troupes en dispersion ou hibernation depuis belle lurette.

A ce propos d’ailleurs, le premier acte posé par Idrissa Seck est loin d’être anodin. A peine nommé à la tête du Conseil économique, social et environnemental, le successeur d’Aminata Touré n’a pas cherché loin pour pêcher un gros poisson, en errance dans l’arène politique depuis des années. Il s’agit, en l’occurrence, de son ancienne collaboratrice Awa Guèye Kébé, qui pourrait lui être d’un grand apport dans le management de l’équipe féminine du Rewmi. C’est en tout cas la conviction de ce responsable. Il déclare : ‘’Au-delà des rapports personnels que les deux responsables entretiennent, c’est aussi parce qu’Idy a senti qu’aucune femme dans le parti n’a la poigne d’Awa Guèye pour diriger les femmes. La mainmise qu’elle peut avoir sur les 45 départements, personne ne l’a. Or, c’est un segment fondamental dans un parti politique. Voilà pourquoi il est allé la chercher.’’

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réorganisation semble en marche au sein du parti Rewmi. Après avoir coopté un potentiel leader national des femmes, le nouveau président du Cese a posé un autre acte fort, digne d’un parti ambitieux.

En effet, avant-hier, au mythique siège du parti à Thiès, il avait montré toute sa détermination à restructurer sa formation, en donnant une place prépondérante aux présidents de coordinations départementales, ceux-là qui apportent les électeurs. Dans cette nouvelle stratégie Seck, il ne semble donc pas y avoir de la place pour les états d’âme. Et Déthié Fall l’aura appris à ses dépens.

Il faut relever que ce dernier a tenu la barque durant toute la période de vaches maigres, quand il fallait trimer pour abreuver et sauver le troupeau. Maintenant que les vaches recommencent à prendre du poids, du fait de l’hivernage assez prometteur, le propriétaire veut à nouveau régner comme l’unique et le seul maitre à bord. Une désillusion pour l’ancien tout-puissant n°2, selon toute vraisemblance. ‘’Il était omnipotent. Il a même eu à saboter un meeting que Lamine Ba (secrétaire général du parti) avait initié et qui devait se tenir à Mbour. Un réaménagement du parti s’imposait pour diminuer ses pouvoirs. Il en a été informé et c’est pourquoi il s’agite’’, renseigne un de nos interlocuteurs qui estime que même si l’entrisme a pu jouer un rôle, ce facteur n’est pas à négliger.

A en croire notre interlocuteur, cette ‘’anormalité’’ a commencé depuis 2013, avec les cascades de départs au niveau des ténors comme Oumar Guèye, Oumar Sarr de Mbacké, Pape Diouf, Nafissatou Diop Cissé… ‘’Tout le monde était parti. C’est dans ces conditions qu’il a été choisi comme vice-président en 2014. Depuis, il a été à la base de plusieurs départs et frustrations’’.

En tout cas, avec les derniers réaménagements, le secrétaire général du parti, l’ancien ministre Lamine Ba, est devenu de fait le nouveau n°2 du Rewmi. Lui qui n’a rallié le parti d’Idrissa Seck qu’en 2018, à la veille de l’élection présidentielle.

Avec le président Idy et sa conseillère particulière Awa Guèye Kébé, le chargé des élections Ass Babacar Guèye, la task force du nouveau Rewmi se dessine peu à peu.

Devenu militant simple, le député Déthié Fall voit ainsi son avenir dans le parti s’assombrir. Chez les militants, on ne semble pas prêt à le prier, d’autant plus que, raille-t-on, il n’a pas de base politique.

Pour en revenir à l’entrisme de Rewmi, ils sont nombreux, les observateurs, à être convaincus que l’ex fidèle n°2 ne pouvait ne pas en être informé. Des versions servies par les deux parties, il résulte que Déthié était bien informé des tractations en cours. Mais selon le camp de l’ex-n°2, ce dernier était farouchement contre tout entrisme. Mais allait-il pour autant bouder, s’il avait été choisi comme ministre ?

Pour les partisans d’Idrissa Seck, la réponse coule de source et elle est négative. ‘’Déthié a été frustré, parce qu’il n’a pas été choisi. Il m’a avoué que, sur la pression de ses proches, il a quand même mal vécu ça. Ce que je comprends : que ces proches ne voient que lui ; qu’ils ne s’occupent que de ses intérêts à lui…’’, soutenait le président du Rewmi.

Face à cette accusation, le parlementaire a jusque-là répondu de manière très laconique. Il disait : ‘’Je n’ai jamais été demandeur, ni d’un poste de député ni d’un poste de ministre auprès de qui que ce soit…’’ Ce qui n’apporte pas de lumière sur les questions que se posent les Sénégalais.

Mais pourquoi l’ancien n°2 a été laissé en rade, quand il s’est agi de choisir l’équipe devant jouer dans le gouvernement ? Lors de la réunion du Secrétariat du parti à Thiès, le leader du Rewmi s’est limité à avancer une ‘’décision murement réfléchie’’. Sans plus de précision. Aux yeux de certains militants, cette décision est en tout cas bienvenue. Quelles qu’en soient les motivations. ‘’Si Déthié Fall rejoignait le gouvernement, le parti allait perdre le poste de député au profit du Grand parti qui a déjà 3 députés. Nous ne pouvions prendre ce risque. Ça, le président l’a bien signifié à Déthié, mais il n’a rien voulu comprendre’’, rapporte le responsable