Xaatim, Djinns, Sacrifices : Les terribles révélations sur les pratiques occultes des Sénégalais

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Anti-charlatanisme et dénonciateur de pratiques occultes, Oustaz Mouhamadou Lamine Diop étale dans cet entretien ses procédés pour collecter plusieurs centaines de kilogrammes de gris-gris qu’il expose pendant ses conférences, afin d’inciter les gens à tourner le dos à ces actes et à se conformer aux recommandations de Dieu. Entre anecdotes et représailles, Oustaz Diop, qui vit à Poultok (un village de la commune de Tataguine – Département Fatick), revient sur les moments les plus effrayants de son combat.

Qu’est-ce qui explique votre combat contre le charlatanisme et les pratiques occultes ?

Oustaz Mouhamadou Lamine Diop, fondateur du daara «Kennal Yalla» qui existe depuis au moins 30 ans. Je forme aussi des jeunes et les sensibilise sur les effets néfastes du charlatanisme. Je libère les gens des us et coutumes qu’ils traînent et qui leur causent d’énormes soucis. J’aide aussi les personnes à se départir de la sorcellerie, des «djinn» et «satan» qui les traumatisent. J’interviens également dans les localités où les serpents et d’autres reptiles sèment la terreur, où les cas de morsure sont fréquents. Je combats ouvertement le charlatanisme et ceux qui trouvent associés à Dieu. Le Sénégal risque d’être détruit par ces charlatans. Ils contrôlent quasiment le pays et sont, en grande partie, responsables de beaucoup de drames. Ils anéantissent des familles, des couples, font expulser des gens de leur boulot, entre autres faits déplorables au quotidien. Il faut alors sauver les personnes de leurs griffes. Ce n’est pas donné à tout le monde de verser dans ce chantier. Cela demande d’abord que la personne qui combat ces actes soit bien protégée. Au risque d’être détruite par ses adversaires. Et cette sécurité, je la trouve dans le Coran.

Comment faites-vous pour récupérer ces gris-gris ? 

Dans toutes mes actions, je fais référence au Livre Saint. Dieu nous a demandé de combattre satan. Il l’a dit dans le verset 76 de la sourate An-nisa. J’investis les endroits qui regroupent beaucoup de monde, notamment les marchés hebdomadaires. Parfois aussi, on m’invite dans certaines localités pour tenir des conférences. Puisqu’il faut convaincre avec des preuves, j’expose les gris-gris récupérés. J’essaie, dans mes explications, de ramener les gens à la raison en leur rappelant que seul Dieu peut les protéger et exaucer leurs vœux. Tout se trouve dans le Livre Saint. Toute autre chose n’est que leurre. A l’assistance, je démontre que les gris-gris ne peuvent régler aucun problème, ils ne sont qu’un décor. Pour preuve, quand on doit être hospitalisé, on les enlève. A la police, on te demande de les ôter, en cas d’arrestation. On ne peut pas entrer dans certains pays, comme la Mecque, avec des gris-gris. Je donne ces exemples pour montrer que les gris-gris ne sont jamais portés quand il y a un sérieux problème. A chaque fois que son propriétaire est dans de sales draps, ils sont mis de côté. L’autre exemple, c’est que quand une personne décède, un des premiers réflexes est de lui retirer ses gris-gris, si elle en portait. Non seulement, ils ne résolvent rien, mais ils font perdre la foi en Dieu à la personne qui les porte. Je récite des passages du Coran qui font référence à cela. Je termine mon exposé en donnant des versets pour se protéger dans n’importe quelle situation : en cas de maladie, en quête de succès dans un projet, lorsqu’on quitte son lit, quand on sort de chez soi. C’est par ces mots que je parviens à convaincre. Séance tenante, mes interlocuteurs enlèvent leurs talismans et me les remettent. Mais je rencontre des réticents. Des gens qui me montrent leurs amulettes pour me narguer, disant leur vouer une confiance aveugle.

Avez-vous quantifié les amulettes récupérées depuis que vous avez démarré vos activités ? 

Non. C’est difficile de les quantifier parce qu’à trois reprises, j’ai été obligé de jeter des milliers de talismans qui pourrissaient à cause de la pluie. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai confectionné le chariot, car avant, je les exposais sur un tableau. Maintenant, avec le chariot, quand il pleut, je les protège avec une bâche. C’est plus facile de les conserver. Et ce chariot est un instrument rapide pour faire passer mes messages.

Quelles sont les situations les plus dangereuses auxquelles vous avez fait face dans cette lutte contre les pratiques occultes ? 

En matière de «djinn» ou gris-gris, je ne peux pas rencontrer quelque chose qui puisse m’apeurer ou m’abasourdir. J’ai détruit les plus dangereux antres des génies protecteurs («khamb»). Pour anecdote, deux individus avaient implanté à Toglou Safène (sur la route de Mbour) un «tour» ou «khambe» (maison de «djinn») dénommé «Ngourna». Ils l’avaient rapporté de Ngabou (une localité de la Guinée-Bissau). Ils ont par la suite été rejoints dans cette croyance par d’autres personnes. C’est l’une des plus grandes maisons de génies protecteurs du Sénégal. Elle était vieille de mille ans. C’est à partir de ce site de Toglou Safène que sont nées les maisons des génies de Yène, Bargny et Dakar. Le génie qui protégeait ce «khamb» de Toglou Safène s’appelle Maïmouna Ndiokhté. Quand j’ai détruit sa maison, elle a voulu s’en prendre à moi. Arrivé au quartier de Réfane, j’entends des voix crier mon nom «Mamadou Lamine», «Mamadou Lamine». Quand je me suis retourné, j’ai vu dans le ciel, un pull rouge en mouvement. J’ai su que c’est elle qui cherchait à me faire peur. Mais c’était méconnaître mon expérience dans ce domaine.

Dans une des îles de Ndangane, à Tiakar Thiaran, il y avait un «djinn» très redouté par les habitants. Il vivait dans un endroit où les gens victimes de vol venaient chercher justice. Des pratiques occultes se faisaient à cet endroit. Ils soldaient le compte du voleur à travers un lézard. S’il le tue, soyez sûr que le voleur perdait la vie à cet instant même. S’ils cassent la jambe ou le bras du lézard, le voleur se retrouve avec ces membres fracturés. Et cela arrivait aux plus chanceux. En contrepartie, le «djinn» exigeait tous les deux ans, le sacrifice d’un jeune marié. C’est pourquoi on compte beaucoup de veuves et d’orphelins à Thiaran. Les habitants m’avaient demandé de détruire cet endroit. Avant de partir, un vieux du nom de F. D m’avait mis en garde, car aucun des 12 marabouts qui sont partis affronter le «djinn» n’a survécu. Mais moi je l’ai vaincu. J’ai prié là-bas et j’y ai construit une mosquée.

A Soum (derrière Foundioune), un «djinn» dénommé Laganom Tagor, vivait dans une île où les gens lui rendaient visite pour faire fortune. C’est en 2001 que j’ai détruit ce «tour».

Quelles maisons de «djinn» ont été les plus difficiles à détruire ?

En général, je ne rencontre aucune difficulté sur place. Je sécurise d’abord le lieu, avant d’y aller. Celui qui m’a pris plus de temps, c’est le «tour» dénommé «Tagamar» (situé entre Dionwar et Ndiodior). C’est le plus grand de toute l’Afrique. Cela m’a pris 11 journées et nuits pour le censurer. C’était un endroit dangereux pour les habitants de la localité. Les jeunes avaient peur d’aller pêcher dans la zone, parce qu’ils percevaient des voix les appelant par leur nom. Or, cet endroit engrange une richesse incommensurable, avec plusieurs variétés de fruits de mer. C’est en 2001 que j’ai détruit cette maison. Depuis, les jeunes y passent même la nuit, sans crainte.

Quel est le type de gris-gris le plus utilisé par les Sénégalais ?

Ce sont les gris-gris qui portent des écrits en arabe. C’est ce type de talismans que ceux qui disent craindre Dieu acceptent de porter parce qu’ils pensent que ce sont des écrits du Coran. Or, ils sont associés à des noms des «djinn». Les gris-gris en forme de corne sont nombreux dans ce lot.

Avez-vous été, vous-même, visé par ces pratiques occultes ? 

Je fais l’objet de représailles de la part des charlatans. Et c’est normal parce que je vais à l’encontre de leurs intérêts. J’ai tué beaucoup de serpents et de scorpions qui m’ont été envoyés par des charlatans qui cherchent à me tuer.

Est-ce qu’il y en a qui ont réussi à vous attaquer ?

Personnellement non. Je réagis toujours au bon moment. Mon fils, lui, a été une fois kidnappé et conduit chez les «saltigués». Ils se sont arrangés pour qu’il soit mordu à l’oreille par un serpent. C’était à mon absence. Je l’ai trouvé très malade à mon retour de voyage. Il s’est remis après que je lui ai administré un traitement. Je sais qu’ils me visent tout le temps. Puisqu’ils ne peuvent pas m’atteindre, ils cherchent à se venger sur ma famille. C’est pourquoi je veille sur eux et mes élèves comme à la prunelle de mes yeux.

On sait que les cimetières n’échappent pas à ces pratiques. Quels cimetières avez-vous visités ? 

Je ne prends pas l’initiative d’aller dans les cimetières pour récupérer des talismans. Mais quand quelqu’un me demande de le faire, je n’hésite pas. J’ai une fois débusqué des gris-gris au cimetière de Yoff (Dakar). La personne avait constaté un fait bizarre sous la tombe de son père qui avait à peine une semaine sous terre, m’a appelé pour que je vienne vérifier. Quand j’ai fouillé l’endroit, j’ai déterré des gris-gris et des bouteilles de parfum ensevelis sous la tête du défunt.